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Colère! J' Accuse d'Abandon!!!

Je fais suivre ce message écrit par mon ami David BERLY dont les engagements sont intarissables.

Merci David de nous aider à maintenir les yeux ouverts

COLÈRE ! J'ACCUSE D'ABANDON

Comment ne pas exprimer ma colère face à la mort violente de Louis et de Réza trouvés sans vie hier matin, dans leurs tentes, sur le campement du  Canal Saint Martin à Paris ?

 

 

Tous deux ont été VICTIMES d'une overdose ! Je dis VICTIMES et je le répète volontairement. Non seulement j'exprime ici ma colère devant un gâchis inacceptable, celui de la vie de deux jeunes de 20 et 25 ans...mais J'ACCUSE la société, c'est à dire moi et vous qui me lisez (et me détestez peut être en me lisant ?). Je nous accuse collectivement de non assistance à personne en danger !

 

 

J'entends depuis 35 ans de travail social au plus près des personnes sans domicile, des discours lâches, employant à des fins irresponsables les mots "libre arbitre", "assistanat", "alcooliques", "toxicos", "racailles"... Certains « politiques » et travailleurs sociaux, « fatigués et désabusés », ont dernièrement "dérapé", qualifiant les personnes restées sur le Canal Saint Martin (après le programme de relogement mené, tant bien que mal, par les pouvoirs publics et les associations) de "bande de marginaux, alcooliques et toxicomanes" ! Certains diront : "mais cela est vrai, la mort de ces deux jeunes en fait la preuve !"

 

 

De tels propos révèlent le cœur du problème !  « Non, je vous le dis pour les avoir côtoyé dans le cadre de ma modeste participation aux actions liées au Canal Saint Martin avec d'autres associations et au delà. Non, Louis, Réza et les autres ne sont pas des délinquants toxicos et alcooliques...ils sont d’abord les VICTIMES DE L'ABANDON DE LA SOCIÉTE qui n'assume pas ses responsabilités en ne leur proposant pas des lieux de vie et de soins adaptés, qui  engageraient, avec eux : "une dynamique de réparation à leur rythme et selon leurs possibilités" pour leur permettre enfin de laisser renaître en eux l'espoir !... 

 

 

J'ai l'indécence de vous parler d'un de mes fils, qui après sa formation, à 22 ans,  galère sans travail alors qu'il le désire tellement…(nous en avons tous autour de nous) ...j'essaye au mieux d’accompagner ses baisses de moral à travers des soirées ensemble au resto lorsque je sens qu'il est nécessaire que nous puissions parler ou simplement qu'il puisse vérifier concrètement qu'il n'est pas abandonné par ses proches (même si je considère que la société l'abandonne)...Louis et Réza n'avaient pas (ou plus ?) droit à ce genre d'accompagnement qui entretien la résistance aux comportements mortifères…cet accompagnement qui vous le savez, se nomme simplement l'amour, de l’absence duquel  on crève !...

 

 

Je dénonce ici une société d'abandon et de maltraitance, particulièrement envers ses jeunes et ses âgés !

 

 

Pourquoi n'avons nous pas eu la volonté politique collective de créer, par centaines ou par milliers, suite au CRI, si clairvoyant et responsable des Enfants de Don Quichotte,  des lieux adaptés et spécialisés d'accueil, d'accompagnement et de soins ? Je nous le demande ? Pour moi c'est en grande partie parce que, moi, vous et nos dirigeants, jetons encore sur les plus pauvres un regard de jugement accusateur:"Ce sont des..."

 

 

Oui, « ils sont des » Hommes et des Femmes qui souffrent plus que vous et moi et pour lesquels nous avons le devoir citoyen et politique de mettre en place des lieux d'accueil, de protection, d'accompagnement, de soin, d'amour et de reconstruction, cela quel qu’en soit le prix !. Il ne s'agit là, pour moi, en aucun cas "d'assistanat", mais de responsabilité, de justice, d'humanité, d'égalité des chances et d'un devoir de restitution, sans lesquelles il n'est pas possible de rester VIVANT !

 

 

J'en appelle à la construction collective d'une société de partage et de justice (dans laquelle les budgets ne dirigent plus la solidarité), une société progressiste qui se donne pour Loi de s'organiser en fonction des plus pauvres.

 

 

David Berly – directeur de centres d’hébergement - Paris

 

À propos

La France est une République Métissée