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Peinture et Libertinage

.............L'invention de la liberté au XVIII° siècle .........Le libertinage date du 18° siècle, siècle de corruption morale, hésite entre célébration de la jouissance sans frein et appel à une nouvelle moralité. En ce temps de monarchies absolues et de despotismes en tout genre, l'œuvre d'art libertine devient l'acte par excellence de la conscience libre. Les peintres, poètes, musiciens deviennent les prophètes d'une valeur de liberté partout ailleurs compromise.Les principaux peintres libertins sont Watteau, Boucher et Fragonard.. Mais le libertinage s'exprime aussi dans la littérature avec Diderot, d'ailleurs peint par Fragonard (les Bijoux indiscrets), avec Choderlos de Laclos (Les liaisons dangereuses) et une pléiade d'auteurs légers comme Boyer d'Argens (Thérèse philosophe) ... ........Le libertinage s'inscrit dans le baroque ou plus exactement dans le rococo dont les Forges de Vulcain de Boucher sont l'exemple. Les décors sont luxueux. Les scènes se passent en effet dans des intérieurs chics ou dans des paysages champêtres aux couleurs chaudes comme dans les Baigneuses de Fragonard. La peinture libertine exprime le goût du luxe dans une société raffinée où ont lieu des fêtes galantes comme on le voit par exemple dans le fameux Embarquement pour Cythère de Fragonard : les personnages appartiennent tous à la noblesse ou à la haute bourgeoisie. Les fêtes rassemblent en désordre les hommes, multipliant les objets de jouissance dans un décor gai. C'est l'occasion pour les personnages de se déguiser et de mettre en valeur les tactiques de séduction. La fête, avec ses artifices et sa dépense, apparaît comme un moment de vérité où les êtres peuvent s'adonner sans détour et presque sans obstacles à leurs passions. ......La femme règne dans cet univers ; autour d'elle flotte la promesse du plaisir. Dans la réalité sociale, soit les femmes règnent dans les salons par leur esprit, soit elles sont enfermées dans des couvents, soit elles sont mariées contre leur gré. Dans la peinture, elles baignent dans le luxe et la richesse, et on peut voir leurs amourettes et aventures. Les protestations tendres sont le langage chiffré de l'impatience charnelle. Les images sont chargées de représenter vivement les aspects du plaisir que la décence interdit d'exprimer par la parole. Les images divinisent le désir et le laissent complètement s'exprimer. L'amour ou, plus exactement, l'érotisme et la trangression de l'interdit sont au centre des peintures libertines Le libertinage oppose des scènes érotiques à des scènes bibliques comme dans Le verrou où l'on aperçoit, à côté d'un couple en émoi, une pomme, qui rappelle le péché originel, thème traditionnel de la peinture chrétienne. .....Le libertinage s'inspire aussi de la mythologie comme dans les Diane au bain de Boucher et de Watteau ou dans L'enlèvement d'Europe de Boucher : Boucher et les autres célèbrent la gloire et l'amour à travers une mythologie travestie : tout est transporté dans le registre d'une fable qui ne retient de ses sources mythiques que des éléments mis scène. Le plaisir semble indéfiniment renouvelable et, puisque nous sommes ailleurs que dans la vie, rien ne parlera de lassitude et de mort dans ce royaume. Le désir s'évade dans un autre univers moral dans un climat où ses vœux peuvent être exaucés sans trop de résistance. ....Mais les peintres libertins doivent savoir faire surgir des figures capables d'arrêter l'attention d'un public blasé en quête de piquant. L'ennui suit de très près le plaisir, les mêmes sensations, trop souvent renouvelées, ne causent plus de surprise et l'on pourrait considérer le Gilles de Watteau comme une allégorie de cette lassitude de la fête des sens trops souvent sollicités. Alors, les peintres libertins vont exploiter une nouvelle ressource : l'exotisme du mal, le continent noir de la terreur et des plaisirs interdits. Rousseau a dit : "convertir la douleur en volupté". A la fin du siècle, aux alentours de la Révolution, le plaisir se trouve par le déploiement d'une volonté rebelle qui brave le destin et l'autorité divine : la femme, par exemple, n'est plus la reine des boudoirs du rococo, mais elle est l'instrument, actif ou passif, d'un plaisir noir. Le libertinage est porté au tragique et prend l'aspect du sacrifice sanglant. Burke s'intéresse au spectacle funèbre pour le seul frisson qu'il en résulte. On passe des nymphes de Boucher aux dormeuses torturées de Füssli (Le cauchemar) Reste que, qu'ils soient écrivains, sculpteurs ou peintres, les auteurs libertins du 18° siècle ont tous voulu établir une rupture avec les siècles puritains précédents, qui proscrivaient débauche, dissolution et plaisirs charnels. En peignant des scènes érotiques, Watteau, Fragonard et Boucher ont opéré une véritable révolution : c'est dans ce sens que l'on peut qualifier le 18° siècle de siècle de libération des mœurs.

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La France est une République Métissée